LES « SÉJOURS DE RUPTURE »

 

Introduction

Les « séjours de rupture », un outil au service des besoins fondamentaux des personnes vulnérables.

Les besoins fondamentaux

Choix de la sémantique

Nous avons fait le choix ici de parler de « séjours de rupture » parce qu’il s’agit de la sémantique la plus communément utilisée. Au mot « rupture » peut être parfois préféré les mots « (re)mobilisation », « (re)dynamisation » ou « oxygénation ». Quel que soit le choix de la sémantique et les motivations de la part des utilisateurs, les finalités de ces séjours poursuivent le plus souvent les mêmes objectifs.

Proposition de définition

Parenthèse spatiale et temporelle proposant une expérience différente de la prise en charge classique ou institutionnelle du bénéficiaire. Elle vise à (re)mobiliser le(s) participant(s) autour d’activités qui deviennent le support du projet d’éducation, de remobilisation ou d’insertion.

Finalité

La finalité d’un « séjour de rupture » est double.

Finalités d'un séjour

  • sur le plan individuel, il vise une transformation positive au profit de sa situation sociale,
  • sur le plan collectif, il permet l’évolution de processus de socialisation.

La finalité doit être discutée et partagée par l’ensemble des acteurs concernés par le séjour. Autrement dit des temps d’échanges entre l’équipe encadrante et les bénéficiaires du séjour nécessitent d’être la mis en place où sont pensés l’amont, le « pendant » et l’après du « séjour de rupture ». Ces temps d’échanges doivent garantir la continuité et la cohérence du parcours de chacun des bénéficiaires.

Sans ces espaces, le risque est grand de produire un effet inverse à l’effet souhaité, c’est-à-dire une rupture destructrice pour des publics ayant déjà subi diverses ruptures personnelles et institutionnelles. La rupture que constitue un séjour ne saurait être pensée sans être inscrite dans la continuité du parcours éducatif ou de (ré)insertion sociale de la personne.

I. Objectifs / Intérêts des « séjours de rupture »

A chaque séjour ses objectifs. Ils sont à concevoir au regard du profil et des singularités des participants et en adéquation avec les objectifs de la structure d’accueil qui les prend en charge.

Objectifs du séjour

Quels qu’ils soient, ils doivent :

  • être co-construits avec les membres de la communauté éducative du séjour, de la structure d’accueil et les participants,
  • s’inscrire dans une démarche d’accompagnement global des bénéficiaires,
  • être communiqués à l’ensemble des acteurs impliqués dans l’accompagnement des bénéficiaires et l’organisation du séjour.


Pour les bénéficiaires
Des objectifs /intérêts relatifs à :

Leur développement personnel

  • faire émerger des envies
  • (re)prendre confiance en soi
  • renouer contact avec la satisfaction de réussir
  • s’autoriser le plaisir de pratiquer des APS
  • apprendre à connaître, à se réconcilier et à apprivoiser son corps
  • contribuer à la (re)construction d’une image positive de soi
  • développer ou révéler des compétences
  • vivre des situations pour identifier ses limites et les dépasser
  • faciliter le lâcher-prise
  • favoriser l’épanouissement dans un cadre convivial et sécurisé
  • devenir acteur de sa propre prise en charge

Leur relation à l’environnement

  • permettre une rupture avec le quotidien
  • modifier des repères et des comportements par l’éloignement et s’adapter à une autre réalité
  • s’ouvrir à la découverte de lieux pour s’enrichir et cultiver son sens critique

Leur place dans un groupe

  • rompre avec l’entre-soi*, s’ouvrir à l’autre et prendre une place dans le groupe
  • créer des conditions favorables à une relation de confiance entre acteurs sociaux et bénéficiaires
  • partager des moments de la vie quotidienne pour aborder des problématiques nouvelles (alimentation, hygiène…)
  • participer à la création d’une dynamique de groupe
  • favoriser l’échange et la prise d’initiative

* L’ « entre-soi » correspond ici au regroupement de personnes appartenant à la même identification catégorielle. Par exemple : un séjour de rupture n’accueillant que des jeunes sous main de justice. Ils vont pratiquer entre eux, ils pratiquent dans l’entre soi.

Pour les personnes en charge de l'accompagnement des bénéficiaires
Les « séjours de rupture » apportent :

  • une solution alternative et complémentaire à la prise en charge classique
  • une connaissance différente des personnes
  • une instauration/restauration du lien social et éducatif
  • un travail pluridisciplinaire et partenarial
  • le développement de nouvelles compétences apportées par le travail collaboratif interdisciplinaire

A l’occasion des « séjours de rupture », les personnes en charge de l’accompagnement des bénéficiaires peuvent particulièrement avoir comme objectifs/intérêts de travailler sur :

  • la relation de confiance
  • la prise en charge individuelle au travers de regards professionnels/ bénévoles croisés
  • certaines problématiques singulières du bénéficiaire
  • pour les jeunes mineurs, la collaboration avec la famille
  • les notions de santé, d’hygiène, d’alimentation, de respect des règles de vie en groupe et de valeurs citoyennes
Pour les structures d'accueil des bénéficiaires
L’organisation et la réalisation du « séjour de rupture » peuvent rejaillir sur le fonctionnement de la structure. Il favorise notamment :
  • un travail pluridisciplinaire
  • le développement de partenariats
  • la mise en place de projets d’insertion connexes
  • l’évolution du projet d’établissement et/ou des pratiques professionnelles
  • une redynamisation interne des équipes d’encadrement au contact d’autres intervenants extérieurs.
Pour les sites hôtes du séjour
L’accueil d’un « séjour de rupture » impacte l’ensemble du site hôte : le fonctionnement, le personnel et les usagers. Il est nécessaire d’impliquer la direction et les équipes du site d’accueil du séjour dès que possible dans le montage du projet et de les informer des caractéristiques du public.

Les « séjours de rupture » peuvent apporter au site hôte :

  • une connaissance et une ouverture vers de nouveaux publics (changement de regard…)
  • des compétences nouvelles vers des publics particuliers
    • de la mixité à travers la rencontre des publics sur place
  • le développement de nouveaux partenariats avec l’implication d’acteurs locaux et de prestataires d’activités
  • la possibilité de développer de nouvelles offres de pratiques (sportives, culturelles, bien-être etc. )

 

II. Des choix pédagogiques à faire

Certains choix relatifs à la structuration du « séjour de rupture » doivent permettre de préciser ses intentions/objectifs. Ces choix doivent donc être fait et partagés en équipe:

Choix pédagogiques

  • le choix de l’entre soi ou de la mixité des publics
  • le lieu du séjour (pleine nature, ville, pays étranger, etc.)
  • un encadrement interne* / externe* / mixte* du séjour de rupture
  • les supports d’activités: les APS peuvent ne pas être la seule porte d’entrée (activités culturelles, de bien-être…)
  • les degrés d’implications des bénéficiaires :
    • dans le montage, la conduite et l’évaluation du séjour
    • dans les activités et les temps de vie quotidienne

*Encadrement interne = équipe pédagogique à 100% composée du personnel de la structure d’accueil des bénéficiaires.

*Encadrement externe = équipe pédagogique à 100% composée de personnes extérieures à la structure d’accueil des bénéficiaires.

*Encadrement mixte  = équipe pédagogique composée de personnes de la structure d’accueil et de personnes en charge de l’organisation du séjour (par exemple une association).

III. Quelques incontournables

 Selon les différents chefs de projet interrogés, la réussite d’un « séjour de rupture » repose pour une partie non négligeable sur le temps passé à sa préparation.

Incontournables repérés

  • un projet soutenu par la hiérarchie de l’association ou de l’institution
  • un pilote de projet clairement identifié connaissant et maitrisant la méthodologie d’organisation de séjour de rupture
  • l’introduction de la pluridisciplinarité dans l’équipe d’encadrement du séjour
  • l’inclusion du site hôte du séjour dans la préparation du séjour
  • une coopération des équipes d’encadrement du séjour : équipe éducative de la structure d’accueil – équipe organisatrice du séjour – personnels du site hôte du séjour
  • la circonscription et la formalisation du périmètre d’action de chacun des membres de l’équipe d’encadrement (sous forme de convention par exemple)
  • l’assurance d’un engagement fort de chacun des membres de l’équipe qui participe au séjour
  • Dans le cadre de séjours collectifs, favoriser des petites unités (inférieur à 12 bénéficiaires)
  • la mise en place des situations qui favorisent le « faire-avec » les bénéficiaires
  • l’anticipation d’espaces d’échanges collectifs pendant le séjour entre
    • encadrants
    • encadrants et bénéficiaires
  • l’anticipation de la gestion du post-séjour :
    • relayer la dynamique du séjour aux professionnels
    • prévenir l’impact psychologique d’un retour de séjour

 

IV Freins et leviers

 

Freins récurrents Leviers possibles
Positionnement et cultures différentes

des professionnels

Créer des espaces d’échanges en amont et pendant le séjour

Délimiter le positionnement et les rôles de chacun de manière conventionnée

Les conventions collectives

(temps de récupération et de repos

des professionnels) impactant l’effectif

de l’encadrement et le budget

Traiter des questions de conventions collectives, de temps de travail/repos et de rémunération avec la hiérarchie.

Pallier à l’absence de professionnels dans la structure d’accueil

Financier Diversifier les partenaires publics et privés

Avoir une bonne connaissance des dispositifs locaux et territoriaux

Complexité dans la lecture des

politiques publiques et des appels

à projets correspondants

Se rapprocher des services de l’Etat concernés

 

V. Cadres règlementaires

 

 

Attendue par plusieurs établissements et services, ce texte signé le 26 mars 2015 par Catherine Sultan, directrice nationale de la DPJJ, pose notamment les modalités d’organisation,  décloisonne les possibilités de destinations et simplifie la procédure d’élaboration des dossiers. Il abroge : la note du 12 mai 2005 portant sur les séjours à l’étranger des jeunes confiés par l’autorité judiciaire à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, (SP/SAH ) ; la note du 10 janvier 2006 traitant de la pandémie grippale et des séjours à l’étranger ; la note du 23 juin 2006 portant sur les séjours à l’étranger de jeunes confiés par l’autorité judiciaire à la Protection Judiciaire de la Jeunesse (SP/SAH) ; la note du 21 avril 2010 relative à l’organisation des séjours à l’étranger (SP/SAH).
X

 

VI. Outils pratiques

 

  • fiche synthétique de « séjours de rupture »
  • lumières sur des expériences et leurs outils :
    • CEF (centre éducatif fermé) de Brignoles : camp d’équitation
    • CEF13 : trophées sport aventure (TSA)
    • Un ballon pour l’insertion : séjour de remobilisation par le sport, la culture et le bien-être.