En premier lieu, il est nécessaire pour l’éducateur sportif de lutter contre ses propres représentations de la pratique sportive traditionnelle en club. Avec ce public, les principes fondamentaux de l’encadrement sportif seront bousculés et parfois à laisser de côté.

Les exemples sont issus des pratiques professionnelles partagées entre des éducateurs sportifs, des travailleurs sociaux et des publics concernés.

Il s’agira notamment de :

  • recentrer son activité professionnelle sur la dimension « éducative » du métier d’éducateur sportif. Les objectifs de séances doivent être centrés sur l’individu et son épanouissement. Ils doivent répondre aux problématiques des bénéficiaires identifiées en amont avec les travailleurs sociaux. Les objectifs techniques se retrouvent ainsi secondaires (du moins dans un premier temps) ;

Exemple

L’une des problématiques identifiée sur un groupe de bénéficiaires de Rennes sur laquelle l’équipe pédagogique décide de travailler est « la passivité et l’indécision ». L’objectif pédagogique fixé par l’équipe est « la prise de décision ». Le moyen choisi est la course d’orientation. Leur apprendre à utiliser une boussole, lire une carte et gérer son effort deviennent des objectifs intermédiaires pour atteindre l’objectif principal : faire des choix d’orientation pour aller d’un point « A » à un point « B ».

 

  • fixer, au préalable, les objectifs de la séance d’APS en lien avec les objectifs d’accompagnement de la personne ;

Exemple

Un jeune, placé en Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP), ayant subi des violences et ayant une grosse difficulté à accepter le rapport à l’autre lorsqu’il est s’agit d’être touché va participer à un cycle d’APS. Les éducateurs sportifs, ayant connaissance des problématiques du jeune et des attendus travaillés par les éducateurs spécialisés vont pouvoir ensemble fixer des objectifs précis, à savoir, ici permettre au jeune d’accepter le rapport à l’autre par le toucher (main sur l’épaule..). Les éducateurs sportifs ont alors pu travailler sur un cycle de pratique évolutif mettant le jeune dans des situations ou il doit accepter d’être touché. Le cycle avait été construit autour de la lutte bretonne et de la boxe éducative. A la fin du cycle, l’évaluation a permis de mettre en évidence par les éducateurs spécialisés un changement de comportement du jeune qui avait réussi à surmonter cette peur du touché. 
  • être réactif et adaptable. Pour un éducateur sportif, si l’adaptabilité est nécessaire et indispensable, elle le sera particulièrement dans le cadre des séances proposées à ce public. Pour encourager la pratique d’APS, il s’agira tantôt d’assouplir les règles habituelles de fonctionnement propres au milieu sportif tantôt de les imposer habilement. De manière générale, il s’agit d’user de « stratégies éducatives de détours » ;

Un éducateur sportif expérimenté auprès du public de l’inclusion sociale, donne quelques exemples relatifs :

  • Aux tenues vestimentaires. « Lors d’une séance une participante arrive au gymnase en mini jupe avec des talons. Pas l’idéal pour une séance d’escalade ! Heureusement, je prévois toujours un sac de vêtements de sport avec quelques pantalons, survêtements, tee shirt et des ballerines, ce qui lui a permis de participer. Depuis, les équipes éducatives ont su trouver des solutions pour constituer un stock de vêtements de sport mis à disposition des bénéficiaires. »
  • A la présence d’animaux : « Le chien est le principal compagnon de nombreux bénéficiaires. Nous interdisons leurs présences dans les gymnases mais la mise en place de séquence de randonnée pédestre permet à certains de participer à cette activité en compagnie de leurs chiens. On se rapproche là des disciplines cani-rando ou cani-cross. »
  • A la présence de stupéfiants et d’alcool : « compagnon indésirable, tous les moyens sont bons pour « consommer » à tout instant. La mise en place d’un cadre, d’une règle et surtout un programme d’activités variées sait faire oublier ces ennemis du sport. Nous avions même annoncé qu’il y aurait un contrôle anti dopage lors de la séance et ce jour là aucun bénéficiaire n’avait de substance en sa possession. »
  • A la cigarette : « Maudite cigarette ! La cigarette est bien entendu interdite pendant la séance mais il est parfois difficile de les en empêcher. J’ai remarqué tout de même qu’un travailleur social qui ne fume pas et l’organisation d’un test du souffle des pratiquants favorise la disparition de la cigarette pendant les séances. »

 

  • adapter les situations pédagogiques aux capacités physiques et à l’état psychologique des personnes avec pour principe que tout le monde peut participer, et dans un souci de bienveillance et de progressivité dans la séance et le projet. Cela nécessite de prendre connaissance régulièrement de l’état de santé des personnes en amont des séances soit auprès d’un travailleur social soit auprès du bénéficiaire lui même. Le moment d’échange avant la séance est le moment privilégié pour faire un point à ce sujet et en particulier avec les nouveaux participants ;

Exemple

« Au début, je commençais une séance en pensant que tout le monde allait bien. Une fois, j’ai décelé rapidement une claudication chez l’un des usagers. En parlant avec lui, j’ai appris qu’il avait une tige de 20 cm à l’intérieur du fémur qui aurait du être enlevée depuis plusieurs années. Je l’ai arrêté et envoyé vers un centre de rééducation fonctionnelle. Depuis, j’organise un petit entretien et un mini-test physique pour chaque nouveau bénéficiaire. »

« J’ai en séance aujourd’hui « béquillou », c’est le surnom donné par ses collègues à un bénéficiaire, souffrant de la polio, nous avons aménagé certaines situations pour qu’il participe : boccia, sarbacane. »

 

  • encourager et valoriser la participation des usagers par des moyens innovants différents et détachés de la performance sportive… ;

Exemple

 A l’occasion d’une manifestation sportive, on peut faire participer des bénéficiaires par la rédaction d’articles dans une gazette locale, l’organisation d’une exposition de photos ou la réalisation d’un film souvenir etc.

 

  • varier les exercices ou les disciplines régulièrement pour donner du rythme aux séances et ainsi prévenir le désengagement potentiel par la déconcentration des bénéficiaires. Les changements de disciplines pouvant avoir lieu au sein d’une même séance. Il est donc nécessaire d’avoir un bagage conséquent de situations pédagogiques à proposer ;
  • privilégier des situations pédagogiques en groupe pour favoriser les échanges et l’entraide ;
  • participer aux activités en s’engageant avec une attitude adaptée pour aider l’entrée en relation avec le groupe ou en relation interpersonnelle et pour impulser une dynamique ;
  • créer des stratégies pédagogiques pour emmener les bénéficiaires vers les valeurs fondamentales du sport. Les bénéfices possibles pour les bénéficiaires ne sont pas seulement inhérents à la pratique mais bien aussi et surtout liés à la manière dont la pratique est engagée par l’équipe pédagogique ;
  • donner des consignes simples et imagées. Ne pas hésiter à reformuler et à utiliser la démonstration, en particulier pour les personnes parlant peu ou pas Français ;
  • travailler sur le plaisir et accompagner les bénéficiaires à verbaliser ce qu’ils ont ressenti, ce qu’ils ont vécu. Cette activité peut être faite avec le travailleur social, l’éducateur sportif ou un bénévole ;
  • ne pas faire l’économie d’une séance type car ils ont le droit et sont en attente d’une approche pédagogique sportive classique d’une progressivité de séance (mise en train, corps de séance, retour au calme) ;
  • être ferme dans la prise de décision (pas de voix flottante…). L’éducateur sportif doit être une personne ressource sur qui on peut s’appuyer à tout instant;
  • mettre en place des outils d’évaluation permettant de mesurer la progression pour le valoriser et l’inscrire dans un cycle vertueux ;

L’éducateur sportif doit avoir un engagement relationnel fort avec les bénéficiaires. On dit parfois qu’il doit « ouvrir sa boite à empathie », bien comprendre la personne pour mieux adapter son activité. Ces temps privilégiés pour échanger sont le plus souvent installés par l’éducateur sportif en amont et en aval de ses séances ;

Exemple

A la fin d’une séance sportive proposée à des femmes victimes de violences, j’organisais une petite collation. C’était l’occasion de parler de ce que l’on avait ressenti, des choses que l’on avait aimées, moins aimées. Cela me permettait aussi de créer un lien différent et mieux comprendre certains de leurs comportements survenus lors de la séance pour les travailler à la séance suivante (par exemple, une femme avait souhaité conserver son pull car elle avait été battue la veille).