Pauvreté et exclusion, des réalités difficiles à définir et à appréhender

 


La pauvreté
La pauvreté constitue un phénomène multidimensionnel, qui ne fait pas l’objet d’une définition consensuelle dans la mesure où ce dernier est spécifique à une époque et à une société données.

Deux approches complémentaires permettent néanmoins de saisir ce concept multifactoriel :

– la pauvreté monétaire
Le seuil de pauvreté correspond au niveau de revenus en-dessous duquel une personne est considérée comme pauvre. En France comme partout en Europe, le seuil de pauvreté est fixé à 60% du revenu médian. La France compte ainsi aujourd’hui près de 8,6 millions de personnes pauvres, soit 14,1% de la population. Le rapport annuel 2012 de l’ONPES (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale) et les derniers chiffres publiés par l’INSEE témoignent d’une tendance à l’augmentation constante de la pauvreté et de l’exclusion sociale depuis 2004.
La pauvreté monétaire a par ailleurs de multiples corollaires tels que le mal logement, la dégradation des conditions d’accès aux soins ou l’exclusion bancaire.

– la pauvreté « en conditions de vie »
La mesure de cet indicateur repose sur le repérage de privations, c’est-à-dire de difficultés dans l’accès à un bien-être considéré comme étant normal au sein de l’ensemble de la population. La pauvreté en conditions de vie évalue ainsi les manques éprouvés au regard de différents éléments de bien-être matériels ainsi que de pratiques sociales généralisées, 27 items de référence ayant été définis à cet effet par l’INSEE.


L'exclusion sociale
L’exclusion sociale peut être définie comme la marginalisation, la mise à l’écart d’une personne ou d’un groupe en raison d’un trop grand éloignement avec le mode de vie dominant dans la société. Ce processus peut être volontaire ou contraint.
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L’expression « exclusion sociale » trouve son origine dans l’ouvrage de René Lenoir, Les Exclus, paru en 1974.

Dans les années 1960-1970, c’est un concept qui n’existe pas : on parle simplement de « retrait social » qui désigne une pauvreté essentiellement économique, en voie de disparition du fait de la croissance économique et des institutions de protection sociale. Depuis, la pauvreté est analysée de façon multidimensionnelle et l’exclusion sociale est mieux prise en compte.

Le concept d’exclusion sociale dépasse celui de pauvreté puisqu’il correspond à la non-réalisation des droits sociaux de base garantis par la loi.

Robert Castel

Pour le sociologue Robert Castel, dans son article « Cadrer l’exclusion »¹, « les exclus sont à l’aboutissement de trajectoires, et de trajectoires différentes. Il ne s’agit plus d’une pauvreté qu’on pourrait qualifier d’intemporelle ou de résiduelle, mais d’une pauvreté qui apparaît à la suite d’une dégradation par rapport à une situation antérieure. »

Robert Castel propose le terme de « désaffiliation » pour désigner « des trajectoires, des processus, des gens qui décrochent et basculent ». Ce basculement s’effectue, de manière schématique, entre différentes zones. Ainsi, Robert Castel distingue trois zones de la vie sociale :

une « zone d’intégration », dont font partie en général des personnes ayant un travail régulier et des supports de sociabilité suffisamment fermes ;

une « zone de vulnérabilité », regroupant les personnes ayant un travail précaire et des situations relationnelles instables ;

une « zone d’exclusion », dans laquelle certains des vulnérables, et même des intégrés basculent.

En insistant sur le caractère dynamique de l’exclusion, Robert Castel met en lumière l’intérêt de mener des politiques préventives pour éviter que les personnes ne basculent dans ces situations d’exclusion.

Aller plus loin sur le site du comité national de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale

 

1- In L’Exclusion, définir pour en finir, sous la direction de Saül Karsz, 2004